Biographie de Sorj Chalandon
Sorj Chalandon, de son vrai prénom Georges, est né le 16 mai 1952 à Tunis, en Tunisie. Il grandit ensuite à Lyon avec ses parents et son frère. Son enfance est particulièrement difficile, marquée par la violence d'un père autoritaire et mythomane qui fait régner la peur au sein de la famille. Le jeune Sorj souffre également de bégaiement, une expérience douloureuse qui inspirera bien des années plus tard son premier roman.
À l'âge de 17 ans, il quitte définitivement le domicile familial et part pour Paris. Il connaît alors une période particulièrement précaire, vivant notamment dans la rue et enchaînant quelques petits emplois. Au début des années 1970, il se rapproche de militants de la Gauche prolétarienne et découvre un univers engagé qui jouera un rôle important dans sa jeunesse.
En 1973, Sorj Chalandon rejoint le tout jeune quotidien Libération. Il y débute à différents postes, notamment comme monteur de pages et dessinateur, avant de devenir journaliste. Il sera par la suite chroniqueur judiciaire, grand reporter, chef de service puis rédacteur en chef adjoint. Cette carrière de journaliste va profondément marquer sa vie. Sorj Chalandon est envoyé sur de nombreux terrains de guerre et couvre notamment les conflits au Liban, en Iran, en Irak, en Somalie et en Afghanistan. Mais c'est surtout l'Irlande du Nord qui va occuper une place particulière dans sa vie. À partir de la fin des années 1970, il se rend régulièrement sur place pour couvrir le conflit nord-irlandais. Au fil des années, il noue des liens très forts avec le pays et ses habitants et devient un témoin privilégié des affrontements entre républicains et loyalistes. Cette expérience, qui le marquera profondément, deviendra plusieurs décennies plus tard la matière de deux de ses romans les plus personnels : "Mon traître" et "Retour à Killybegs".
Sorj Chalandon couvre également la guerre civile libanaise au cours des années 1980. Il est notamment profondément marqué par les massacres de Sabra et Chatila, perpétrés en septembre 1982. Là encore, le journaliste finira par laisser place au romancier puisque cette expérience du Liban et de la guerre nourrira plus tard l'écriture du "Quatrième Mur".
En parallèle de ses reportages sur les zones de conflit, Sorj Chalandon travaille comme chroniqueur judiciaire. En 1987, il couvre à Lyon le procès de Klaus Barbie, ancien chef de la Gestapo lyonnaise jugé pour crime contre l'humanité. Son travail de grand reporter en Irlande du Nord et ses chroniques consacrées au procès de Klaus Barbie lui valent de recevoir en 1988 le prestigieux prix Albert-Londres.
Après plus de trente ans de journalisme, Sorj Chalandon se tourne relativement tard vers la littérature. Il publie son premier roman, "Le Petit Bonzi", en 2005, à l'âge de 53 ans. À travers l'histoire d'un jeune garçon bègue, l'auteur s'inspire déjà directement de sa propre enfance et transforme une expérience intime et douloureuse en matière romanesque. Dès l'année suivante paraît "Une promesse". Ce deuxième roman lui permet de connaître une importante reconnaissance littéraire puisqu'il reçoit le prix Médicis en 2006.
En 2008, Sorj Chalandon publie "Mon traître", roman directement inspiré d'une expérience particulièrement douloureuse vécue en Irlande du Nord. Pendant des années, le journaliste avait entretenu une relation d'amitié avec Denis Donaldson, figure importante du mouvement républicain irlandais. En 2005, celui-ci reconnaît publiquement avoir travaillé comme informateur pour les services secrets britanniques pendant de nombreuses années. Cette révélation est vécue comme une véritable trahison par Chalandon. Il transforme cette histoire en fiction dans "Mon traître", avant de revenir sur les mêmes événements trois ans plus tard avec "Retour à Killybegs", cette fois en adoptant le point de vue du traître.
Les guerres dont Sorj Chalandon a été témoin ne constituent pas la seule matière de son œuvre. L'auteur revient également régulièrement sur sa propre histoire familiale. C'est notamment le cas dans "Profession du père", publié en 2015. Il y raconte, sous couvert de fiction, l'enfance d'un garçon vivant sous l'emprise d'un père violent, mythomane et imprévisible, capable de prétendre tour à tour être parachutiste, agent secret ou proche de personnalités historiques. Le roman permet ainsi à Sorj Chalandon de revenir sur certains des traumatismes de sa propre enfance et sera adapté au cinéma quelques années plus tard.
En parallèle de sa carrière littéraire, Sorj Chalandon n'a jamais véritablement abandonné le journalisme. Après avoir quitté Libération en 2007 après plus de trente années passées au sein du quotidien, il rejoint en 2009 la rédaction du Canard enchaîné, où il poursuit son activité de journaliste et de critique de cinéma.
L'œuvre de Sorj Chalandon est ainsi particulièrement liée à sa propre vie. Ses romans se nourrissent régulièrement de ses expériences de grand reporter, des guerres dont il a été témoin, de ses rencontres mais aussi de ses blessures plus intimes. L'Irlande du Nord, le Liban, la trahison, la violence paternelle, les mensonges familiaux, l'enfance ou encore la mémoire constituent autant de thèmes qui traversent ses livres.

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