Résumé du livre La petite bonne - Bérénice Pichat
Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais, ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?
Critique littéraire de ReadTrip à propos de La petite bonne - Bérénice Pichat
Avant de débuter ma lecture de "La petite bonne", je m’attendais à l’apprécier, mais pas autant que je l’ai finalement aimé. Ce qui m’a tant plut dans ce roman ? L’histoire en elle-même, mais aussi sa forme originale et surtout, l’émotion qu’il arrive à susciter avec finalement très peu.
En effet, dans ce roman, nous ne sommes tout du long qu’en présence de trois personnages, dans un seul lieu (ou presque) qui est une maison ainsi qu’un laps de temps très court : un week-end. C’est fou parce que d’ailleurs, sans l’avoir prémédité, je me retrouve finalement dans une configuration très proche du roman "Dîner à Montréal" de Philippe Besson que j’ai lu il y a peu. Mais revenons à "La petite bonne" qui d’ailleurs tout du long n’est jamais citée, pour appuyer probablement sa position "basse" dans la société, mais aussi peut-être pour lui donner une dimension universelle.
La construction formelle de ce roman n’est vraiment pas anodine et elle apporte un vrai plus à la compréhension de l’histoire et aussi à l’immersion dans les pensées des protagonistes. Les passages consacrés à la petite bonne sont écrits en vers libres, avec des phrases brèves et sans ponctuation, tandis que Blaise et Alexandrine, ses employeurs, sont principalement portés par une prose plus traditionnelle (bien que certains passages, notamment ceux introspectifs autour de Blaise soient parfois en vers libres également). Du coup, bien que l’on change sans cesse de point de vue de personnage et de narration (passant du "je" au "elle"), le lecteur n’est pratiquement jamais perdu.
De plus, je trouve que le style narratif permet vraiment de vivre l’histoire au plus près des personnages. Il y a quelque chose dans cette façon d’écrire qui nous permet presque d’être dans les chaussures de cette petite bonne, de soupirer quand elle soupire et de ressentir tout ce qu’elle ressent (la lassitude, la pénibilité, les doutes,…).
J’ai été happée et ce qui est surprenant, c’est que c’est venu petit à petit. Les premières pages m’ont surtout déstabilisée (notamment à cause de la forme particulière, je pense.) et puis, le quotidien de cette bonne m’intéressait sans plus. Et puis le face-à-face avec Blaise amène un vrai tournant dans le roman et avec lui, de nombreuses thématiques que j’ai trouvé très intéressantes à lire. Ces deux personnages n’ont pas été épargnés par la vie, chacun à leur manière, c’est le moins que l’on puisse se dire et à travers eux, Bérénice Pichat démontre que le malheur et les coups du sort du destin frappent au hasard, sans favoritisme envers les plus riches, mais que l’humanité elle aussi se révèle sans distinction de classe sociale. Ce qui fait pour moi la force incroyable de "La petite bonne", c’est vraiment la rencontre entre Blaise et cette petite bonne dans un moment de désespoir total et comment de ce duo improbable peut naître quelque chose de beau et de lumineux alors que personne ne s’y attend.
J’ai aimé la thématique du droit à mourir (une question sociétale actuelle mais totalement anachronique dans ce récit d’entre-deux-guerres puisque la question ne se posait pas à l’époque.). J’ai trouvé particulièrement intelligente la manière dont Bérénice Pichat aborde la fin de vie, la dignité et la liberté de disposer de soi. Elle ne nous donne pas une réponse toute faite. Elle place simplement ses personnages face à une situation impossible et nous avec. Et puis bien que j’ai moins été touchée par ce personnage (peut-être parce qu’elle est un tout petit peu en retrait), il y a Alexandrine, la femme de Blaise, grâce à qui l'auteure parle aussi très justement de la place des aidants, bien avant que nous utilisions couramment ce terme.
Avec la petite bonne, l’auteure va aussi explorer la position de la femme à cette époque et surtout de la femme pauvre qui n’avait pas vraiment le choix que de se trouver "un homme" et de le supporter même quand celui-ci était violent, pour qui un avortement pouvait être synonyme de mort, mais garder un enfant l’aurait été tout autant, car une bouche de plus à nourrir était tout simplement parfois impossible. Bien que Blaise et la petite bonne aient des vies très différentes, finalement tous deux vivent dans une prison, chacun à leur manière. Le tout est de savoir si leur rencontre improbable va leur permettre de se libérer de leurs chaînes mutuelles.
J’ai aussi apprécié toute la dimension musicale de ce roman qui montre parfaitement la force que peut avoir la musique, sa capacité aussi à réunir les gens, même totalement opposés, par leur classe sociale ou autre. Il ne se passe pas énormément de choses dans cette histoire et ceux qui recherchent une intrigue riche en événements risquent peut-être de trouver certains passages un peu longs. Mais personnellement, une fois habituée à la construction particulière du texte, j’ai trouvé que cette lenteur participait énormément à la tension. Parce que nous savons que quelque chose va arriver, nous ne savons simplement pas quand. Le huis clos se resserre progressivement. Les silences deviennent plus lourds. Les intentions se dévoilent, et l’on tourne les pages avec cette sensation assez étrange de vouloir connaître la suite tout en redoutant ce qui va se produire. Jusqu'à la dernière partie. Et puis cette fin… Aussi inattendue que tragique. Je l’ai aimé autant que je l’aie détesté.
"La petite bonne" est un roman court, mais pour autant très complet qui met l’humain dans le sens le plus profond et pur du terme, au cœur du récit. J’ai refermé cette histoire avec un sentiment assez étrange, de tristesse, évidemment, mais aussi de tendresse. Ce livre a été encensée par la critique et mon avis ne sera donc qu’une goutte d’eau dans l’océan de compliment qu’il a reçu, mais je confirme que pour ma part, ce fut une très belle découverte et c’est un roman que je vous recommande sans hésitation.
"La petite bonne" est un roman social, historique et profondément intime qui parle de la guerre sans raconter les combats, du handicap sans réduire un homme à son corps mutilé, de la domesticité sans réduire son héroïne à sa condition sociale et de la mort sans jamais oublier de parler de la vie alors si cela vous parle, foncez le découvrir vous aussi.
NOTA BENE
L’avis de la rédaction est purement personnel et nous ne prétendons en aucun cas que cette critique littéraire soit à prendre comme une vérité absolue. Nous vous invitons donc à laisser votre propre critique dans les commentaires et à noter ce livre afin d’avoir un avis général représentant au mieux la foule des lecteurs.

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