Résumé du livre Le grand feu - Léonor de Récondo
En 1699, Ilaria Tagianotte naît dans une famille de marchands d’étoffes à Venise. La ville a perdu de sa puissance, mais il lui reste ses palais, ses nombreux théâtres et son carnaval qui dure six mois. C’est une période faste pour l’art. Alors qu’elle est à peine âgée de quelques semaines, sa mère la confie à la Pietà, une institution qui recueille les enfants abandonnés et les voue à la musique. Dans cette communauté féminine, Ilaria apprend le violon avec le maestro Vivaldi et joue lors de concerts où les Vénitiens se pressent, captivés par le talent des interprètes dissimulées derrière les grilles d’une église. Mais Ilaria rêve d’ailleurs. Son amitié avec la jeune Prudenza l’ouvre au monde. Le grand feu, c’est celui de l’amour qui foudroie Ilaria à l’aube de ses quinze ans. Transportée, elle mêle désir charnel et musique au point de les confondre.
Dans une langue virtuose, Léonor de Récondo révèle la passion qui brûle en nous et nous consomme. Flamboyante, absolue, irréversible.
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Critique littéraire de ReadTrip à propos de Le grand feu - Léonor de Récondo
Après avoir lu "Amours" de Léonor de Récondo, roman avec lequel j’ai découvert l’auteure, j’avais gardé en mémoire cette sensation particulière qui était d’avoir parcouru une histoire qui se voulait à la fois délicate et brûlante, raconté avec beaucoup de douceur, mais aussi capable de toucher profondément le lecteur grâce notamment à des scènes plus dures et marquantes. Et avec "Le grand feu" j’ai retrouvé cette alchimie propre à l’auteure, cette sorte d’ambivalence présente dans ses histoires et dans son style d’écriture.
Pour rappel, nous sommes donc à Venise, au début du XVIIIᵉ siècle. Ilaria, placée par sa mère dès sa naissance à la Pietà, une institution qui recueille les jeunes filles et les forme à la musique, grandit et suit l'enseignement d’Antonio Vivaldi. Avec lui, elle découvre le violon, puis peu à peu ce qui donnera son sens à toute son existence : la passion. Le sujet de la passion et, sans surprise puisque cela va assez naturellement de paire, l’idée et l’image du feu, sont absolument centraux dans ce roman.
Ilaria va ainsi expérimenter la passion pour la musique d’abord, la passion pour la liberté ensuite et enfin passion amoureuse. Ces trois élans se confondent alors jusqu’à ne former qu’une seule et même flamme qui mène à une fin que personnellement, j’ai trouvé époustouflante. Le thème central du roman est donc sans doute celui de la passion. Une passion qui consume autant qu’elle révèle. Le "Le grand feu" du titre n’est pas seulement l’amour, c’est aussi l’art, le désir de vivre intensément, cette force intérieure qui pousse certains êtres à dépasser les limites imposées par leur condition.
Chez Ilaria, la musique et l’amour deviennent indissociables. Les émotions se traduisent en notes, les sentiments en vibrations. Cette fusion donne au roman une dimension presque sensorielle. L’une des premières choses qui m’a frappé dans "Le grand feu", c’est la manière dont Léonor de Récondo écrit la musique. Beaucoup d’auteurs ont tenté de traduire les sons en mots, peu y parviennent réellement. Ici, la musique n’est jamais un simple décor ni un sujet de roman historique. Elle devient presque une matière vivante. Lors de ma lecture, je pouvais quasiment entendre les archets vibrer, les cordes résonner, les partitions se déployer sous les doigts d’Ilaria. Et ce, alors même que je ne suis pas musicienne. Je ne doute donc pas que "Le grand feu" devrait parler encore plus, et toucher encore plus, une personne dont la musique est le métier ou tout du moins une passion.
L’écriture de Léonor de Récondo est sobre, précise, presque retenue. Et pourtant, derrière cette sobriété se cache une intensité émotionnelle remarquable. Chaque phrase semble pesée avec soin. Rien n’est superflu. Rien n’est forcé mais il est vrai, que ses romans demandent une prise en main de 30 pages environ pour s’habituer à son style et se laisser complètement embarquer par son talent de conteuse.
J’ai particulièrement apprécié la construction du personnage d’Ilaria. Son évolution se fait naturellement. Nous la voyons passer de l’enfance à l’adolescence, puis découvrir progressivement le désir, l’émancipation et les contradictions du cœur. Cette trajectoire initiatique est racontée avec beaucoup de justesse, je trouve et également une belle part de réalisme. L’auteure décrit par exemple l’arrivée des règles chez la jeune fille (j’ai d’ailleurs trouver ce passage très intéressant et notamment le fait qu’à ce moment-là, elle relègue ça au second plan en faisant passer en priorité la musique.). Tout du long, Ilaria demeure profondément humaine, traversée par ses élans, ses doutes et ses maladresses ce qui fait qu’elle m’a beaucoup touché.
Le cadre vénitien participe selon moi à la réussite du roman. Je ne suis peut-être pas tout à fait objective sur le sujet parce que j’ai eu la chance de découvrir Venise et c’est une ville que j’aime beaucoup, ce qui a, je pense, rajouté à mon intérêt pour ce livre. Mais paradoxalement, Venise est aussi un point un peu négatif pour moi, car j'ai trouvé cette ville finalement pas assez présente à mon goût (probablement parce qu'Ilaria vit la plupart du temps en vase clos à la Piéta).
Si je devais formuler une autre réserve concernant "Le grand feu", ce serait à propos du format relativement court du récit. J’ai trouvé le roman un peu court à mon goût. Je trouve que l’histoire aurait pu être beaucoup plus étoffée et notamment toute la partie concernant la musique et Vivaldi. Personnellement, j’aurais aimé que ce personnage soit beaucoup plus présent et qu’on en apprenne plus à son sujet. C’est très probablement un choix de l’auteure de préférer suggérer plutôt qu’expliquer, mais pour ma part, cela m’a laissé sur un goût un peu amer de trop peu.
"Le grand feu" est un roman sur l’apprentissage de la musique, de l’amour et de soi-même. Un texte lumineux et mélancolique, traversé par une grâce discrète qui semble caractériser les romans de Léonor de Récondo. Ceux qui avaient été touchés par "Amours" retrouveront ici cette même délicatesse, cette même attention aux émotions les plus infimes. Et ceux qui découvrent l’auteure comprendront rapidement pourquoi selon moi, c’est vraiment une auteure à part, à suivre et à découvrir sans hésiter.
Malgré donc quelques réserves personnelles, j’ai trouvé que "Le grand feu" était un très beau roman, sensible et vibrant, qui se lit comme une partition : avec le cœur autant qu’avec les yeux. Il m’a fait passer un très bon moment de lecture et il est certain que je relirai avec joie d’autres titres de Léonor de Récondo à l’avenir.
NOTA BENE
L’avis de la rédaction est purement personnel et nous ne prétendons en aucun cas que cette critique littéraire soit à prendre comme une vérité absolue. Nous vous invitons donc à laisser votre propre critique dans les commentaires et à noter ce livre afin d’avoir un avis général représentant au mieux la foule des lecteurs.

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