Résumé du livre Le cycliste de Tchernobyl - Javier Sebastián
A Pripiat, ville fantôme à trois kilomètres de Tchernobyl, les rues sont désertes : entre la grande roue neuve et les autos tamponneuses abandonnées, pas âme qui vive. Sauf les samosiol, ceux qui sont revenus dans la zone interdite, et Vassia, qui croit encore à la possibilité d'une communauté.
Ce livre magistral, à la fois roman d'espionnage, enquête-documentaire et récit d'une folle originalité littéraire, est librement inspiré de la vie de Vassili Nesterenko, spécialiste du nucléaire devenu l'homme à abattre pour le KGB parce qu'il a tenté de contrer la désinformation autour de la catastrophe de Tchernobyl. Des paysages hallucinés aux aberrations soviétiques, l'auteur signe un texte d'une force rare, glaçant et étrangement beau, hymne à la résistance dans un monde dévasté.
Critique littéraire de ReadTrip à propos de Le cycliste de Tchernobyl - Javier Sebastián
Ce que j’aime avec les éditions Métailié, c’est qu’à chaque fois, ils m’emmènent vers des textes originaux, d’auteurs étrangers, que je pense, je n’aurais jamais découvert autrement. Et une fois de plus, "Le cycliste de Tchernobyl" fut une sacrée surprise ! Je ne vous cache pas que les débuts furent un peu difficiles.
En effet, la narration est très particulière puisque l’on suit plusieurs histoires en parallèle, celle d’un homme à Pripiat ainsi que celle d’un autre homme en France, que Javier Sebastian attribue facilement le "je" à plusieurs narrateurs, que les époques se mélangent et qu’en plus de ça, les discours rapportés sont souvent intégrés au reste du texte. En bref, "Le cycliste de Tchernobyl" demande au départ un petit exercice neuronal, car c’est une plume peu banale qui rebat les cartes du récit "traditionnel".
Cependant, même si cela peut parfois être déroutant, cela m’a globalement plut, car j’ai trouvé ce procédé original et immersif, mais je reconnais qu’au départ, il faut s’accrocher un peu parce que les premiers chapitres ont un côté presque fantasmagorique et parfois grotesque et je sais pertinemment que rien que pour cela, c’est un roman qui ne pourra pas plaire à tous les lecteurs. Le meilleur conseil que je puisse vous donner serait donc de tester les premiers chapitres et surtout de vous laisser porter par l’histoire, car au final, c’est un récit qui vaut vraiment le coup d’être découvert.
Pourquoi ? Tout d’abord, parce qu'on y apprend des choses concernant la vie et le combat dans l’ombre de Vassili Nesterenko. Personnellement, je ne connaissais pas du tout cette personne et bien que ce récit soit librement inspiré de sa vie et que donc par conséquent, une partie soit romancée, j’ai néanmoins apprécié le découvrir et au travers de lui, en apprendre encore un peu plus sur les mensonges et l’omerta qui ont entouré et entoure encore aujourd’hui la catastrophe de Tchernobyl. Les passages concernant les traitements apportés aux enfants irradiés m’ont particulièrement émue et touchée.
Cependant, je dirais que tout ce qui concerne la face cachée et un peu "politique" de Tchernobyl n’est finalement pas le plus important dans ce roman. En réalité "Le cycliste de Tchernobyl" s’attarde beaucoup plus sur la vie des samosiol, ces personnes qui ont fait le choix, plus ou moins volontaire, de revenir vivre (ou plutôt survivre) à Pripriat, ville désertée proche de la centrale faisant partie de la zone d’exclusion car trop radioactive. Tout d’abord, je ne connaissais pas ce terme de samosiol et surtout, je ne savais même pas que cela existait ! Cela me semble dingue et pourtant, c’est une réalité. J’ai vraiment adoré tout ce qui concerne ce petit microcosme d’habitant, sorte de petit bastion de résistants ayant recréé au fil du temps une famille, un peu bancale, mais une famille tout de même.
Ce sont d’ailleurs les habitants de ce Pripiat abandonné qui me restaient le plus en mémoire. En effet, il y a pas mal de personnages cités dans cette histoire et à cause de leurs noms ukrainiens pour la plupart, j’avais du mal parfois à les retenir et à bien comprendre de qui l’on parlait. Mais les samosiol eux, incarnent tellement des images fortes à la fois de désœuvrement et d’humanité, que je les avais bien en tête. D’ailleurs, ce que j’ai adoré dans ce texte, c’est qu’il s’en dégage énormément d’humanité. C ‘est assez paradoxal sachant que l’on parle d’une des pires catastrophes écologiques du siècle dernier dû en majeure partie à cause de l’homme et caché ou du moins grandement minimisé par des êtres humains au mépris flagrant de la vie de millions d’autres être humains. Et pourtant, "Le cycliste de Tchernobyl" donne ce sentiment que même au milieu du marasme le plus total, on peut toujours voir une petite note d’espoir.
J’ai trouvé la fin absolument géniale et pleine d’émotions. Elle m’a clairement serré le cœur et je l’ai trouvé parfaite comme elle était. De plus, une partie de ce roman est un peu construite comme un thriller puisqu’on raccroche les wagons petit à petit pour arriver à comprendre qui sont les personnages du départ et où l’histoire veut en venir, ce qui n’est clairement pas clair ni limpide pendant une partie du récit. Ce qui est par contre très clair, c’est que Javier Sebastian doit être un militant anti-nucléaire. C’est en tout cas ce que ce texte laisse grandement sous-entendre.
En résumé donc, "Le cycliste de Tchernobyl" est une lecture qui je qualifierai de plutôt exigeante, qui demande un certain effort pour en rentrer dans l’histoire, mais qui au final vaut vraiment la peine d’être découvert, d’autant plus si comme moi, la catastrophe de Tchernobyl est un événement qui vous intéresse. Cette lecture ne fut pas un coup de cœur, car il m’aura manqué un peu de clarté parfois (certains passages un peu trop techniques et comme je le disais, des personnages qui pouvaient être confondus.). Ce n’était clairement pas une lecture plaisir ni une lecture de détente, mais j’ai vraiment aimé en apprendre plus sur les dessous de la catastrophe de Tchernobyl et surtout, sur ce samosiol dont je ne reviens toujours pas qu’ils puissent exister et dont je peine à imaginer leur quotidien difficile et parfois douloureux.
Dans son genre "Le cycliste de Tchernobyl" est un peu ovni écrit par un Espagnol sur un événement historique ukrainien mais si vous recherchez une lecture originale et engageante, alors tentez-le.
NOTA BENE
L’avis de la rédaction est purement personnel et nous ne prétendons en aucun cas que cette critique littéraire soit à prendre comme une vérité absolue. Nous vous invitons donc à laisser votre propre critique dans les commentaires et à noter ce livre afin d’avoir un avis général représentant au mieux la foule des lecteurs.
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