Résumé du livre Le roitelet - Jean-François Beauchemin
"Il ressemblait, avec ses cheveux courts aux vifs reflets mordorés, à ce petit oiseau délicat, le roitelet. Oui, c'est ça : mon frère devenait peu à peu un roitelet, un oiseau fragile dont l'or et la lumière de l'esprit s'échappaient par le haut de la tête. Je me souvenais aussi que le mot roitelet désignait un roi au pouvoir très faible, régnant sur un pays de songes et de chimères."
Un homme vit à la campagne avec sa femme Livia, son chien Pablo et le chat Lennon. Depuis l'enfance, il partage aussi son quotidien et ses questionnements, sensibles et profonds, avec son frère cadet, schizophrène. Ici se révèlent, avec une indicible pudeur, les moments rares d'une relation unique, teintée tout autant d'inquiétude que d'émerveillement au monde.
Critique littéraire de ReadTrip à propos de Le roitelet - Jean-François Beauchemin
Première découverte pour ma part de Jean-François Beauchemin que je ne connaissais pas. "Le roitelet" était le titre choisi pour un book club auquel je participe et j’étais ravie que cela me donne l’occasion de lire un nouvel auteur, qui plus est canadien, car je lis malheureusement peu de littérature canadienne. Le résumé me tentait énormément et effectivement, dès les premiers chapitres, ce livre m’a rappelé d’autres romans que j’avais déjà lus et beaucoup appréciés.
En effet, à la lecture de "Le roitelet" j’ai naturellement pensé aux romans de Franck Bouysse pour le côté quotidien simple et souvent répétitif, mais aussi à "Son frère" de Philippe Besson pour la relation fraternelle et l’accompagnement dans la maladie. J’ai aussi pensé bien sûr à "Ensemble, on aboie en silence" de Gringe avec cette thématique de la schizophrénie et là encore de la relation entre frères. Je me suis donc dit "Génial ! Une belle relation, des personnages simples tournés vers la nature et la thématique de la schizophrénie qui vient cimenter le tout, sur le papier, ce roman réuni tous les ingrédients pour devenir un formidable coup de cœur !". Et s’il est vrai que j’ai apprécié ma lecture, malheureusement, ce ne fut pas le coup de cœur auquel je pensais durant la première moitié du récit.
Pourquoi ? Tout d’abord, je pense qu’en grande partie cela tient à l’écriture même de Jean-François Beauchemin. Il est indéniable que sa plume est intéressante, très littéraire, très travaillée, mais justement, peut-être un peu trop à mon goût. Par moments, il y avait pour moi trop d’envolées lyriques, trop de réflexions presque philosophiques tant et si bien que cela me tenait à distance du récit et ne m’a du coup pas permis de ressentir les émotions que je m’attendais à ressentir. Je pense qu’il n’y a pas besoin d’en faire trop dans le côté très littéraire pour toucher le lecteur, au contraire. J’en veux pour preuve par exemple l’écriture de Franck Bouysse justement qui présente une très belle qualité tout en ne tombant pas dans le "trop" et pour ma part, cela m’embarque bien plus.
Et puis l’autre point qui m’a un peu déçue, c’est que je trouvais que le narrateur qui est écrivain (s’agit-il d’ailleurs de l’auteur lui-même, on ne le sait pas, mais on peut pourquoi pas le supposer) mettait trop souvent en avant son travail d’écrivain justement, son rapport à l’écriture, ses livres, etc. Et personnellement, ce qui m’intéressait, c’était de découvrir sa relation avec son frère schizophrénique et non de connaître sa vie d’auteur. Et c’est dommage, car les moments où il recentrait son propos sur son frère, leurs rapports et la difficulté au quotidien parfois de vivre avec cette maladie, mais aussi d’accompagner un malade étaient très intéressants et parfois touchants. Certaines phrases m’ont touchée, m’ont fait réfléchir aussi, mais j’ai trouvé que c’était trop dilué au milieu d’un récit plus nombriliste qui m’intéressait beaucoup moins.
De plus, ces passages étaient parfois troublants, car le narrateur y parle régulièrement de morts qu’il semble voir et avec lesquels il converse parfois tant et si bien qu’on est en droit de se demander lequel des deux frères est finalement le plus touché par une forme de folie. Ce que j’ai par contre beaucoup apprécié, c’est que "Le roitelet" permet de dresser un portrait réaliste de la schizophrénie. Certains imaginent souvent que la maladie mentale, c’est être en permanence déconnecté de la réalité et passer son temps à hurler, or avec "Le roitelet" le lecteur peut expérimenter quelque part la complexité de cette maladie mentale fluctuante, faite de hauts et de bas, de moments de grande confusion, mais aussi d’instants de grande lucidité.
En résumé, je dirais que j’ai apprécié cette lecture faite de petites successions de moments banals de vie et de réflexions sur la vie et la maladie. J’aime assez ces récits dans lesquels il ne se passe pas grand chose en matière d’action, mais où l’important est finalement ce qui se passe entre les protagonistes, de façon verbale ou non. Malheureusement, je m’attendais aussi à être beaucoup plus touchée et emportée par ce "Le roitelet", or côté émotions, il m’a clairement laissé sur ma faim, et ce, à cause de l’écriture et des réflexions du narrateur. C’était sympathique, mais que ce soit en termes de traitement de schizophrénie ou de l’accompagnement d’un proche dans la maladie, ce n’est pas le meilleur que j’ai pu lire à ce jour.
NOTA BENE
L’avis de la rédaction est purement personnel et nous ne prétendons en aucun cas que cette critique littéraire soit à prendre comme une vérité absolue. Nous vous invitons donc à laisser votre propre critique dans les commentaires et à noter ce livre afin d’avoir un avis général représentant au mieux la foule des lecteurs.
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