Résumé du livre Victime 2117 - Jussi Adler Olsen
Le journal en parle comme de la "victime 2117" : une réfugiée qui, comme les deux mille cent seize autres qui l’ont précédée cette année, a péri en Méditerranée dans sa tentative désespérée de rejoindre l’Europe. Mais pour Assad, qui œuvre dans l’ombre du département V de Copenhague depuis dix ans, cette mort est loin d’être anonyme. Elle le relie à son passé et fait resurgir de douloureux souvenirs. Il est temps pour lui d’en finir avec les secrets et de révéler à Carl Mørck et à son équipe d’où il vient et qui il est. Au risque de les entraîner tous dans l’œil du cyclone.
Critique littéraire de ReadTrip à propos de Victime 2117 - Jussi Adler Olsen
Il y a quelques années maintenant que je suis les aventures du Département V et je dois reconnaître qu'après un septième tome, "Selfies", qui m'avait franchement déçue, je commençais à avoir peur que cette saga soit tout simplement en train de s'essouffler. Et puis est arrivé "Victime 2117" et autant le dire tout de suite : ce huitième tome m'a réconciliée avec la série. Notamment, parce que cette fois-ci Jussi Adler Olsen s'attaque enfin au personnage qui m'intrigue probablement le plus depuis plusieurs tomes : Assad.
En effet, depuis le début de la saga, l'auteur nous distille quelques informations sur lui. On sait qu'il cache énormément de choses, que son passé est beaucoup plus complexe qu'il ne veut bien le laisser entendre et surtout qu'il n'est clairement pas le simple assistant un peu mystérieux et approximatif sur les proverbes que l'on nous présentait dans les premiers romans. Il aura donc fallut attendre huit tomes pour que Jussi Adler Olsen décide enfin de lever une bonne partie du voile et globalement, ça valait le coup d’attendre.
"Victime 2117" a une mécanique un peu différente des autres tomes de la saga. Dans ce roman-ci, il ne s’agit plus de ressortir un vieux dossier poussiéreux afin de résoudre un cold case, mais de se lancer dans une véritable course contre la montre qui tourne autour de la vie et surtout du passé d’Assad. Et ce changement de façon de faire m’a globalement plut et permet, je trouve, de renouveler la série sans pour autant nous donner l'impression de lire quelque chose de complètement différent. On retrouve Carl, Assad, Rose et Gordon, mais dans une configuration beaucoup plus personnelle et surtout beaucoup plus sombre que d'habitude. Attention, en effet, certains passages de ce roman traitent d’endoctrinement, de préparation d’attentat ou encore de torture donc ayez les tripes bien accrochées. Ce tome n'est franchement pas le plus joyeux de la saga.
Le passé d'Assad est extrêmement violent et les révélations concernant ce personnage permettent enfin de comprendre beaucoup de choses sur lui. Et forcément, après autant de tomes passés en compagnie de ce personnage, difficile de ne pas être touchée par son histoire. Pour moi, Assad est devenu au fil des romans le personnage le plus intéressant du Département V et j'attendais donc énormément de ces révélations. Peut-être même un peu trop.
Parce que si j'ai aimé découvrir son passé et enfin obtenir des réponses à toutes ces questions que l'auteur laisse volontairement planer depuis plusieurs tomes, j'ai également trouvé que Jussi Adler Olsen avait parfois tendance à en faire beaucoup. Beaucoup de drames, beaucoup de violence, beaucoup de révélations et une intrigue qui bascule presque davantage du côté du thriller d'espionnage et du roman d'action que du polar auquel la saga nous avait habitués. Et par moments, je me suis dit : "Bon Jussi, peut-être qu'on pourrait se calmer un tout petit peu."
Le problème étant que plus on en apprend sur Assad, plus son personnage devient certes fascinant mais aussi presque trop extraordinaire. J'aimais justement cette ambiguïté autour de lui et j'aurais peut-être préféré quelque chose d'un peu plus sobre et surtout de plus crédible. Mais malgré cela, j'ai été embarquée.
Le roman est long, comme souvent avec Jussi Adler Olsen, mais une nouvelle fois les pages défilent très facilement. Et contrairement à "Selfies", où j'avais parfois eu le sentiment de lire une succession de situations rocambolesques sans vraiment comprendre où l'auteur voulait m'emmener, ici, il y a une véritable tension. On sent qu'on avance inexorablement vers quelque chose de sombre et cette impression de compte à rebours fonctionne particulièrement bien.
En parallèle de l'histoire d'Assad, Jussi Adler Olsen développe également une seconde intrigue autour d'Alexander, un jeune homme totalement isolé du monde, enfermé dans sa chambre et obsédé par les jeux vidéo, qui décide de venger la victime 2117 d’une façon très personnelle et franchement contestable, c’est le moins qu’on puisse dire.
Sur le papier, cette intrigue secondaire est intéressante. Elle permet notamment à l'auteur d'aborder l'isolement social extrême, la violence, la haine accumulée derrière un écran et cette frontière parfois de plus en plus floue entre monde virtuel et monde réel. Dans les faits, j'ai trouvé cette partie beaucoup moins convaincante et surtout, elle donnait le sentiment d’être presque un roman à part. On sent que l’auteur a voulu emboîter les deux intrigues, mais sans ce que cela ne fonctionne ni ne fasse sens selon moi. Alexander est un personnage volontairement dérangeant mais aussi très caricatural et j'aurais aimé que sa psychologie soit davantage développée.
Et puis il faut bien reconnaître qu'il y a beaucoup de choses dans ce roman. Les migrants, le terrorisme, la guerre, les traumatismes, la vengeance, l'endoctrinement, les hikikomoris, la violence des jeux vidéo, les relations familiales... Jussi Adler Olsen aborde énormément de thématiques et toutes ne bénéficient donc pas de la même profondeur. La grande force de "Victime 2117" reste finalement ses personnages. C'est d'ailleurs quelque chose que je répète depuis plusieurs tomes, mais je crois que si je continue cette saga, c'est désormais presque autant pour retrouver les membres du Département V que pour les enquêtes elles-mêmes.
J'ai commencé cette série en ayant énormément de mal avec Carl Morck et aujourd'hui, je prends un vrai plaisir à retrouver cet ours mal léché qui voit d’ailleurs sa vie prendre un sacré tournant. Il reste cynique, râleur, parfois franchement agaçant, mais il s'est aussi énormément humanisé au fil des romans. Et surtout, sa relation avec Assad prend ici une dimension particulièrement touchante. Parce que derrière les vannes, les engueulades et les différences de caractère, on comprend définitivement que ces personnages sont devenus bien plus que de simples collègues.
Ils forment une sorte de famille un peu bancale.
Et c'est probablement là que Jussi Adler Olsen est le meilleur. J'ai également apprécié de retrouver Rose après les événements difficiles de "Selfies". Elle reste fragile, évidemment, mais j'aime la façon dont l'auteur continue à faire évoluer ce personnage sans effacer artificiellement tout ce qu'elle vient de traverser. Quant à Gordon, il trouve progressivement sa place dans cette équipe et devient enfin autre chose que le petit nouveau un peu encombrant.
En revanche, ceux qui aiment avant tout la saga pour son humour risquent peut-être d'être surpris. "Victime 2117" est beaucoup plus sombre que les premiers tomes. L'humour est toujours présent par petites touches parce que Carl reste Carl et Assad reste Assad, mais le ton général est nettement plus grave. Et finalement cela me semble assez logique : difficile de conserver le côté "policier doudou" que j'avais pu évoquer à propos des premiers tomes lorsqu'on commence à fouiller dans un passé aussi douloureux.
Ce huitième tome marque donc pour moi un véritable tournant dans la saga. Ce n'est peut-être pas mon préféré ("Dossier 64" reste pour le moment particulièrement haut dans mon classement.) mais après ma déception concernant "Selfies", j'avais besoin d'un roman comme celui-ci pour retrouver mon intérêt pour le Département V. Tout n'est pas parfait. L'auteur en fait parfois trop, certaines situations manquent de crédibilité et l'intrigue autour d'Alexander aurait mérité pourquoi pas un tome à part. J'aurais aussi aimé que certaines thématiques soient traitées avec davantage de nuances plutôt que d'être accumulées au fil du récit, mais "Victime 2117" possède quelque chose que le tome précédent avait perdu à mes yeux : un véritable enjeu émotionnel. Pour la première fois depuis longtemps dans cette saga, je n'avais pas seulement envie de savoir comment l'enquête allait se terminer. J'avais surtout envie de savoir ce qui allait arriver aux personnages. Et ça change beaucoup de choses.
Après huit tomes, Jussi Adler Olsen réussit donc encore à faire évoluer son petit monde et surtout à donner une nouvelle profondeur à un personnage que j'aimais déjà énormément. Si Assad était jusque-là le grand mystère du Département V, il en devient ici le cœur. Curieuse donc désormais de voir ce que va me réserver la suite de la série !
NOTA BENE
L’avis de la rédaction est purement personnel et nous ne prétendons en aucun cas que cette critique littéraire soit à prendre comme une vérité absolue. Nous vous invitons donc à laisser votre propre critique dans les commentaires et à noter ce livre afin d’avoir un avis général représentant au mieux la foule des lecteurs.

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